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 « L'été tout allait bien;
 tout était beau
sur l'île
et aux alentours.
 
Mais quand se terminait
la navigation,
c'était la grande,
la déprimante solitude:
les jours sombres, la mer qui
nous jetait par paquets son écume jusque sur les grandes vitres des lanternes du phare;
le vent qui hurlait dans les fils téléphoniques, le froid qui glaçait, les soirées et les nuits qui ne finissaient plus. »

Potvin, Damase, Le Saint-Laurent et ses îles, relatant les propos de Mme Mary Chouinard Jourdain, la 1ère fille du gardien de phare Elzéar Chouinard.


La famille Chouinard
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L’Île-aux-Oeufs, comme lieu de travail et lieu de résidence familiale, a profondément marqué la vie de tous les membres de la famille Chouinard. Elzéar Chouinard, 3e gardien de phare de l'Île-aux-Oeufs, est né le 8 juin 1867 aux Ilets-Caribou, un village côtier situé à une quinzaine de kilomètres au sud de l'Île-aux-Oeufs. Le gardien de phare de l'Île-aux-Oeufs, Elzéar Chouinard, représente la 7e génération de la Famille CHOUINARD 3e Branche au Canada, descendant de l'ancêtre Jacques Chouinard, arrivé à Québec en 1685, marié à Louise Jean à Notre-Dame de Québec en 1692.

En janvier 1893, Elzéar Chouinard, alors agé de 25 ans, épouse Élise Fraser à l'Île Verte, une descendante de Peter Fraser, le premier Fraser de l'Île Verte. Le recensement du Canada de 1901 des Ilets-Caribou indique que Élzéar, agé de 34 ans, est chef de famille et qu'il exerce le métier de "pêcheur". Il sait lire et écrire. Son épouse Élise Fraser, née le 4 février 1869, a 32 ans. Elle est d'origine "écossaise", elle sait lire et écrire, et parle anglais. Elzéar Chouinard et Élise Fraser habitent dans leur maison des Ilets-Caribou. De leur union naîtra 9 enfants: Mary-Elise, 1893; Charles-Auguste-Albini, 1895; Julie-Anna, 1899; Émile, 1903; Irène, 1904; Rose-Aimée, 1906 (décédée la même année); Germaine, 1908; Yolande, 1910; et Gabrielle, 1913.

Elzéar Chouinard occupe son poste de gardien phare à l'Île-aux-Oeufs et habite la maison-phare avec sa famille pendant plus de 25 ans, soit du premier juillet 1911 au 4 mai 1937. Il se retire alors à l'âge de 70 ans et laisse son poste à son fils, Émile, qui prend la relève de son père, le 5 mai 1937. Émile Chouinard occupe le poste de gardien du phare jusqu'en 1958, soit pendant plus de vingt ans.  La famille Chouinard assure pendant près de 50 ans le bon fonctionnement et la garde du phare, ainsi que l'aide à la navigation dans ce périlleux secteur de la Côte-Nord du fleuve Saint-Laurent. «Mon père, Elzéar Chouinard, gardien de phare de l'Île-aux-Oeufs a été décoré par le Roi George VI pour ses longs et loyaux services comme gardien de phare pour le Gouvernement du Canada» Charles-Auguste-Albini Chouinard, dans une entrevue au journal de Sydney, Nouvelle-Écosse, 1954.

Le phare, la maison du gardien et la chapelle de la maison du gardien seront les lieux de rencontre de la famille, des voyageurs, des missionnaires, des parents et amis. La chapelle aménagée à l'étage a d'ailleurs servi à célébrer de nombreux services religieux, dont notamment le mariage de toutes les filles du gardien, incluant le baptême du fils d'Émile, Laval Chouinard. Mary-Elise, mariée à Wilfrid Jourdain le 19 août 1915; Julie-Anna, mariée à Émile Dugas le 15 juillet 1920; Irène, mariée à Eugène Jourdain le 16 août 1926; Germaine, mariée à Alfred Langlois le 19 juillet 1932; Yolande, mariée à Arthur Langlois le 12 mai 1936; et Gabrielle, mariée à Jean-Marie Poulin le 11 août 1936.

La vie d'une famille de gardien de phare sur une île isolée exigeait la participation et la débrouillardise de tous les membres de la famille.  Ils aidaient souvent le gardien de phare en participant à l’entretien de la lumière du phare et de la maison-phare. lls aidaient aussi à ramasser le bois de chauffage et à recueillir l'eau potable. Ils participaient également à l'approvisionnement de la famille en nourriture par la pêche et la chasse dans les environs de l'île, par l'élevage de quelques poules, d'une vache pour le lait... Comme l'explique Madame Mary Chouinard Jourdain, «l'hiver, nous tendions des collets aux lièvres; et nous allions les lever au clair de lune. Ou bien, nous chassions le hibou blanc qui se prend à un piège qu'on tend au sommet d'un poteau... Bref, les moindre petites choses, dans cette vie d'isolement, prenaient de l'importance... Quand, à l'automne, la glace n'était pas encore prise et au printemps, quand elle n'était pas encore partie, nous traversions en "cométique", un canôt sur le traîneau, et nous, assises dans le canot... Quant à notre vache, nous la traversions en chaloupe.»

Madame Marie Chouinard Jourdain ajoute avec beaucoup de nostalgie: «Quoiqu'il en soit, l'île d'aujourd'hui ne ressemble pas à l'île d'autrefois. Le progrès l'a atteinte, elle aussi. La mécanique de l'outillage du phare a été modernisée. On ne regarde plus le "mai" (mat) pour savoir si la lumière (du phare) fonctionne bien par les reflets qu'elle projette...»  «Aujourd'hui, il n'y a que moi qui pense encore au passé et qui, peut-être, parfois, le regrette. Mon père (Elzéar) aussi, à mon grand plaisir, aime à dévider l'écheveau de ses souvenirs de plus de trente années passées sur l'île. Il mêle à ces réminiscences parfois une légère et fine pointe d'ironie; et ce n'est pas sans charme. C'est la manière des grands sensibles dont est doué mon père. Il a l'air de trouver extrêmement simple ce qu'il fait et qui me semble, à moi, héroique...» Mary Chouinard Jourdain dans Damase Potvin, Le Saint-Laurent et ses îles.

«Pour se divertir, les familles de la Côte-Nord qui vivaient dans un phare faisaient du canotage et de la pêche. Quand il y avait de la neige, ils patinaient ou faisaient de la raquette, tendaient des collets aux lièvres et pendant les longues soirées, jouaient aux cartes, chantaient.»
Pomerleau, Jeanne, Gens de métiers et d'aventures.